Mardi 17 janvier 2023 18h salle 126 (STC1)
Daniel Foliard sera l'invité d'EMMA pour présenter son dernier ouvrage Combattre, Punir, Photographier. Empires coloniaux 1890-1914 (Paris, La Découverte 2020).
Organisatrice : Claire Omhovère
L’ouvrage de Daniel Foliard porte sur les rapports entre photographie et violence coloniale dans les Empires britannique et français avant la Première guerre mondiale. La perspective comparatiste est celle de l’histoire croisée. L’objet comme l’approche viennent répondre au constat suivant : « il reste encore à écrire une histoire connectée des critiques des impérialismes et des colonialismes avant 1914 » (p. 375). Cette étude a donc une dimension à la fois inaugurale et nécessaire. Elle représente également un apport, au delà de l’histoire coloniale et postcoloniale, à l’histoire de la photographie de guerre et du photo-reportage.
Ce livre s’attache à montrer que « les pratiques de la violence, et de la visualisation de la violence, observées dans les espaces en voie colonisation, se distinguent fondamentalement des usages de la force constatés dans les conflits interétatiques plus classiques » (p. 276). Abondamment illustrée, l’étude repose sur la lecture minutieuse de l’image photographique comme des conditions matérielles de sa réalisation, de son développement, de sa diffusion et de sa conservation. On notera qu’en raison d’une charge souvent insoutenable chaque cliché fait l’objet d’un double cadrage textuel. Un commentaire détaillé prépare dans le corps du texte l’insertion de l’image qui est également suivie d’une abondante légende. Ce dispositif prémunit contre le sensationnalisme, peut-être même le voyeurisme, qu’un tel sujet pourrait susciter.
L’ouvrage aboutit à un ensemble de conclusions inédites. La première concerne la particularité de la violence coloniale que saisit le medium photographique. La photographie enregistre mais surtout prolonge des châtiments d’exception dont la représentation participe pleinement à la « nécropolitique » telle que définie par Achille Mbembé. Une deuxième conclusion, elle aussi provocatrice, concerne la proximité des usages de la violence et de son traitement photographique dans les empires français et britannique (p. 291). Contrairement à l’approche historique traditionnelle qui consiste à opposer les deux empires, Foliard va jusqu’à parler d’un « co-impérialisme entre la France et l’Angleterre » (p. 255) dont les visées politiques concurrentes reposent sur des stratégies analogues et une même « pédagogie de la violence ». L’intérêt principal de l’ouvrage réside dans l’analyse des codifications coloniales d’une photographie mise au service de la force, à travers des « régimes de visibilité » spécifiques (expression empruntée par Deleuze à Foucault et que l’on retrouve chez Rancière) et de « changements de seuil » révélateurs de mutations dans la sensibilité des opinions publiques. Troisième conclusion, et non la moindre : « certains espaces sont pourvoyeurs d’image et d’autres non » (p. 216) Foliard parvient à faire une place dans cette étude abondante aux violences dont aucune vue n’a émergé (par exemple la frontière australienne) ce qui l’amène à dessiner une géographie où les guerres invisibles ne sont pas pour autant effacées.
Daniel Foliard est maître de conférences HDR à l’université Paris-Ouest-Nanterre. Il a notamment publié, en 2017, un livre sur les liens entre la cartographie britannique et l’invention du Moyen-Orient, Dislocating the Orient : British Maps and the Making of the Middle East, 1854-1921 (University of Chicago Press).



