Mercredis de l'Antiquité - 2026.2027
À votre santé ! Boissons et breuvages dans l'Antiquité
Que buvait-on dans les mondes antiques : quelles boissons existaient, comment étaient-elles produites, de quelle manière et où étaient-elles consommées, dans quelles circonstances et avec quels ustensiles ? Boissons alcoolisées tels que vins et bières, mais aussi hydromel, lait, eau ou décoctions : que sait-on aujourd’hui de ces différents produits et des pratiques des Anciens ? Des banquets grecs et étrusques aux festins gaulois ou aux tavernes romaines, la consommation des boissons s’inscrit dans des conventions sociales qui sont propres à chaque contexte culturel. La signification d’un même breuvage ou les manières de boire peuvent ainsi différer en fonction des cadres de consommation (individuel, collectif, religieux…). Le recours à l’archéologie environnementale ou aux analyses physico-chimiques sur les contenants nous permettent par ailleurs d’avoir une connaissance plus fine de la composition de ces boissons.
► Accès libre et gratuit dans la limite des places disponibles pour les conférences, auditorium du musée Fabre
► Site archéologique Lattara - musée Henri-Prades, Musée des Moulages et musée Fabre pour les visites thématiques
Cycle de conférences tout public proposé par le Musée des Moulages (Université de Montpellier Paul-Valéry) et le site archéologique Lattara – musée Henri-Prades, en partenariat avec le musée Fabre, le LabEx ARCHIMEDE (Programme ANR-11- LABX-0032-01, France 2030) et le laboratoire de recherche ASM (UMR-5140, CNRS, Université de Montpellier Paul-Valéry).
Comité d'organisation
Diane Dusseaux, conservatrice du patrimoine, directrice du Site archéologique Lattara - musée Henri Prades
Rosa Plana, professeure d’archéologie grecque, directrice du Musée des Moulages, Université de Montpellier Paul-Valéry
Elsa Rocca, maîtresse de conférences en archéologie romaine, Université de Montpellier Paul-Valéry
Conférence #1 : Boire, manger, sociabiliser : les lieux du banquet chez les Étrusques
Mercredi 14 octobre 2026 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Vincent JOLIVET, directeur de recherche émérite, CNRS, AOrOc-UMR 8546, ENS
Héritée des Grecs, la coutume du banquet couché s’est rapidement répandue auprès des élites étrusques. Au terme du deipnon, consacré à la consommation des mets, débutait le symposion, dédié à la boisson, à la conversation, aux jeux.
Dans les maisons étrusques, il est difficile d’identifier formellement le lieu où se déroulait le banquet, à la différence du contexte funéraire où des espaces dédiés se situent devant les tombes. À Norchia et Musarna, deux grandes tombes rupestres étrusques ont chacune révélé la présence, à la fin du IVe siècle av. J.-C., d’une énorme salle de banquet aménagée à la façon d’un andron grec, richement peinte et décorée de sculptures. Quelques décennies plus tard, au lendemain de la conquête romaine, certaines tombes rupestres présentent un dispositif beaucoup plus simple, parfois organisé à la manière du triclinium romain.
Vin blanc, vin rouge, boissons fermentées à base de fruits accompagnaient les conversations, l’évocation des hauts faits de la famille, l’éloge du mort, ainsi que les libations aux juges des Enfers dont la protection allait permettre au défunt d’accéder à un au-delà que les Étrusques se plaisaient à imaginer lui-même comme un perpétuel banquet.
Ci-contre : Tarquinia, tombe des Léopards, vers 470 av. J.-C. © Gleb Simonov / CCO 1.0 Universal Public Domain
Conférence #2 : Du vignoble à l'ivresse, l'âge du vin marseillais
Mercredi 25 novembre 2026 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Jean-Christophe SOURISSEAU, professeur d'archéologie grecque, Aix-Marseille Université, CCJ-UMR 7299
N’en déplaise aux producteurs d’apéritifs anisés, Marseille est historiquement une ville du vin. Consommé, produit et diffusé par les colons grecs qui fondent Massalia vers 600 av. J.-C., le vin de Marseille va, pendant plusieurs siècles, inonder un vaste espace nord méditerranéen et ainsi contribuer à tisser des lien politiques et sociaux originaux avec les groupes indigènes locaux. Mais que sait-on aujourd’hui des conditions de sa production, à quoi ressemblaient les vignobles ? Par quels moyens était-il diffusé, et, in fine, comment le consommait-on ? Autant de questions que l’archéologie, la tradition littéraire et l’iconographie nous permettent d’aborder aujourd’hui.
Ci-contre : Fouilles de la Bourse, amphores de Marseille © CCJ - AMU/CNRS
Conférence #3 : Le lait et le fromage dans l'Antiquité grecque, romaine et gauloise
Mercredi 9 décembre 2026 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Dominique FRÈRE, professeur d'histoire et d'archéologie antiques, Université de Bretagne-Sud, TEMOS-UMR 9016
À la différence du vin, le lait n’a été que peu traité dans l’histoire et l’archéologie de l’alimentation antique. Pourtant, le lait et ses dérivés (fromage, beurre, lait fermenté) ont joué un rôle important dans les pratiques alimentaires durant toute l’Antiquité, de la Mésopotamie de l’âge du Bronze jusqu’à la Grèce d’Homère et jusqu’à la Gaule romaine.
Il ne faut pas se fier à notre expérience pour se représenter les goûts de fromages grecs, gaulois ou romains car les types de fromage et leurs modes de consommation étaient différents de ce qu’ils sont aujourd’hui. Nombre de sources historiques et archéologiques permettent d’approcher la réalité technique des fromages ainsi que leur dimension sociale et culturelle. Nous sommes dans la vaste thématique des pratiques alimentaires et notre regard sur les fromages antiques s’étendra aussi à ces autres produits laitiers que sont le beurre et le lait fermenté.
Ci-contre : Fabrication expérimentale de fromages antiques © D. Frère
Conférence #4 : L'ivresse des dieux : faire vaciller le pouvoir divin
Mercredi 13 janvier 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Corinne BONNET, professeure d'histoire des religions, École normale supérieure de Pise
Dans les textes mésopotamiens ou ougaritiques, dans la Bible hébraïque comme dans la littérature grecque et latine, l'ivresse peut conduire les dieux ou les hommes à avoir des comportements inédits, transgressifs. Quelles sont les raisons et les effets de ces comportements ? Que nous apprennent ces épisodes sur la nécessité de garder le contrôle des situations et sur les conséquences de la perte de contrôle. L'ivresse, en effet, accompagne souvent des processus de transformation, délicats et pourtant nécessaires.
Ci-contre : Chous attique à figures rouges, Ve av. J.-C., musée archéologique national d'Athènes © Wikimedia Commons / George E. Koronaios
Conférence #5 : Boire et manger en dehors de chez soi à Pompéi
Mercredi 3 février 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Nicolas MONTEIX, maître de conférences HDR en histoire et archéologie romaines, Université de Rouen Normandie, GRHis-UR 3831
Comment et pourquoi manger en dehors de son domicile ? Répondre à cette question, qui pourrait sembler aussi triviale qu’absurde de nos jours, maintenant que le fait d’aller au restaurant s’est fortement diffusé, permet, en se penchant sur le monde antique en général, et sur l’Antiquité romaine en particulier, de mettre en évidence des pratiques sociales différentes. Pour mieux comprendre les lieux de vente, de préparation et de consommation des denrées, étudier l’exemple de Pompéi semble, par le nombre des bars, restaurants et autres commerces alimentaires découverts dans cette ville (plus de 160 !), particulièrement propice.
Après un rapide mais nécessaire détour par la terminologie latine, il s’agira de passer derrière le comptoir pour mieux l’observer, le décrire, le classer. À partir des éléments ainsi recueillis, il sera possible de proposer une géographie sociale de la ville.
Ci-contre : Le commerce alimentaire d'Asellina en cours de fouille © Archivio Parco archeologico di Pompei, P/C 438 (P694) - 1912
Conférence #6 : oἶνοψ πόντος : La Méditerranée, une mer couleur du vin
Mercredi 17 mars 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Franca CIBECCHINI, archéologue maritime, responsable du littoral corse, DRASSM, CCJ-UMR 7299
Le commerce du vin est de loin celui qui est le plus attesté par les épaves de la Méditerranée occidentale pendant l’Antiquité. Et ceci est particulièrement vrai pour l’époque hellénistique et républicaine, entre le IIIe siècle avant notre ère et le changement d’ère, pour les chargements d’amphores à vin de l’Italie tyrrhénienne.
Le nectar des dieux a été, pendant des siècles, un moyen d’enrichissement rapide, un symbole social et une véritable arme de conquête et de colonisation pour les Romains et leurs alliés italiques.
Transporté dans des amphores de type gréco-italique au début, puis dans celle qui deviendra l’amphore la plus connue du monde romain, la Dressel 1, le vin sera enfin également transporté en vrac, grâce à une innovation précurseuse : les navires à dolia, de véritables pionniers des pinardiers contemporains.
Ci-contre : Orthophotographie épave Alistro 1 (Corse) © ROV Ilarion, Drassm ; traitement Daniela Peloso, Ipso Facto / Images photographies épave Ouest-Giraglia 2 (Corse) © Teddy Seguin
Conférence #7 : De bambochades en bacchanales : scènes d'ivresse dans la peinture du XVIIe siècle
Mercredi 21 avril 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Matthieu FANTONI, conservateur du patrimoine, musée Fabre, responsable de l'unité Maîtres anciens
Les scènes d’ivresse connaissent un succès sans précédent dans la peinture du XVIIe siècle. Qu’elles soient placées dans les tavernes de la Rome baroque et cosmopolite ou dans les intérieurs élégants des Provinces-Unies, ces représentations en apparence triviales (voire vulgaires) ont longtemps été perçues et collectionnées comme des témoignages « réalistes » d’une époque et de certains codes sociaux. Les recherches des historiens de l’art ont permis d’en déchiffrer les dimensions moralisantes et/ou religieuses, voire d’identifier de véritables médiations artistiques cachées derrière de simples scènes de genre. En convoquant de prestigieux antécédents, tirés de l’Antiquité et de l’art de la Renaissance, certains artistes soutenus par des réseaux de mécènes éclairés choisissent en effet de placer leur création sous le signe de Bacchus. Nous explorerons l’extraordinaire richesse de cette ivresse créatrice et sa postérité au XIXe siècle, en particulier chez Gustave Courbet et dans la collection d’Alfred Bruyas.
Ci-contre : Gerard ter Borch (Zwolle, 1617 - Deventer, 1681), Jeune Hollandaise versant à boire, vers 1650, huile sur bois, inv. 836.4.69 © Musée Fabre, Montpellier Méditerranée Métropole
Conférence #8 : Le vin et les Celtes
Mercredi 5 mai 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Fabienne OLMER, directrice de recherche, CNRS, AOrOc-UMR 8546, ENS
Le vin est probablement produit en France depuis l’âge du Bronze, peut-être même avant, à partir de la vigne sauvage. C’était donc une denrée connue quand, à partir du premier âge du Fer, les Celtes ont importé des vins de Méditerranée, de Mer Égée, du monde Étrusque ou de Marseille alors grecque, des vins blancs et rouges aux goûts et qualités bien différentes. À cette époque les vins capiteux de la Méditerranée sont consommés à l'occasion de banquets, pour honorer les vivants ou les morts, dans la sphère réservée de l'aristocratie. Quelques siècles plus tard, à la fin du second âge du Fer, à l'époque de Jules César, les vins de l'Italie romaine ont déferlé sur toute l'Europe celtique occidentale, permettant des manifestations politiques fastueuses mais aussi à une population plus large de profiter des vins très variés. Nous proposons donc de dresser une histoire de la consommation du vin à travers les âges du Fer chez les Celtes, qui évolue au gré des changements sociétaux.
Ci-contre : La Madrague de Giens © A. Chêné, CNRS images
Conférence #9 : Brasser la bière en Égypte ancienne
Mercredi 2 juin 2027 - Auditorium du musée Fabre - 18h30
Adeline BATS, chargée de recherche, CNRS, ArScan-UMR 7041
Les techniques de brasserie pharaoniques sont principalement connues grâce aux scènes figurées dans les tombes et aux textes qui les accompagnent. Ces représentations, souvent très codifiées, ne montrent cependant qu’une partie des étapes de la chaîne opératoire et ne reflètent sûrement pas toute la diversité des boissons consommées à cette époque. Les données archéologiques permettent donc de compléter ces informations, notamment grâce à l’étude des installations et des récipients employés. Les plus anciennes brasseries connues, découvertes à Abydos, Tell el-Farkha et Hiérakonpolis, datent d’environ 3800 à 3000 av. J.-C. et témoignent d’une production complexe et organisée à grande échelle dès les hautes époques. Étonnamment, à partir d’environ 3000 av. J.-C., soit le début de la période dynastique, ces grandes installations ne sont plus attestées alors que la production de bière reste largement documentée. Les espaces consacrés à sa fabrication sont davantage intégrés aux cuisines domestiques ou à des ateliers de transformation des céréales, généralement désignés sous l’appellation de « boulangeries-brasseries » par les archéologues. Les cuves à bec verseur occupent désormais une place importante dans le processus de fabrication. Une étude croisée de l’ensemble des sources disponibles permet de restituer les différentes étapes du processus, depuis le traitement des céréales jusqu’à la fermentation et à l’aromatisation, tout en distinguant plusieurs variantes dans les modes de production.
Ci-contre : Scène de production de bière dans la chapelle funéraire de Raemkai, Ancien Empire (env. 2450-2400 av. J.-C.) MMA 08.201.1c domaine public
Visite thématique #1 : Banquets méditerranéens entre Grecs, Étrusques et Gaulois
Mercredi 20 janvier 2027 - Site archéologique Lattara - musée Henri-Prades - 15h
La Méditerranée nord-occidentale, caractérisée par de fortes interactions entre Grecs Phocéens, Étrusques et Gaulois, offre un terrain d’étude idéal pour aborder la thématique des banquets. Au-delà d’une apparente similitude des objets mis au jour lors des fouilles archéologiques – souvent interprétés au filtre d’un modèle grec – se pose en effet la question de la réalité et de la diversité des rites selon les contextes et les domaines culturels.
À travers plus d’une centaine d’objets provenant de collections françaises et italiennes, l’exposition présente les différentes occasions dans lesquelles les populations antiques se rassemblaient pour boire et manger ensemble. Cette visite intègrera également une dimension sensorielle avec la découverte de senteurs et de saveurs de l’Antiquité.
Ci-contre : Vue de l’exposition © M. Bozier pour l’agence OUT OF FRAME
Visite thématique #2 : Expérience – visite œnologique
Samedi 24 avril 2027 - Musée Fabre - 15h
Cette visite à double voix avec un vigneron de l’AOC des Grés de Montpellier vous dévoile tous les secrets des œuvres et les usages du temps en matière de vin. La déambulation se conclut par une initiation à la dégustation de trois vins du terroir. La visite est réservée aux personnes majeures.
Ci-contre : Nicolas Tassaert, La jeune femme au verre de vin, 1850 © Musée Fabre de Montpellier Méditerranée Métropole - photographie Frédéric Jaulmes
Visite thématique #3 : S'enivrer au musée, le monde étrange et festif de Dionysos
Mercredi 19 mai 2027 - Musée des Moulages - 14h-15h / 15h30-16h30
Des pirates transformés en dauphins, un enfant né à deux reprises, des hommes déguisés en femme et des femmes devenues mortellement sauvages, enivrées par l’alcool. Tel est le monde singulier de Dionysos, dieu parmi les hommes et mortel parmi les dieux, étranger par excellence et pourtant si nécessaire à la société gréco-romaine et à la vie en communauté.
Au travers des œuvres du Musée des Moulages, plongez dans l’univers curieux du dieu de la fête, du vin et du théâtre et de son cortège bruyant, au travers d’une visite guidée retraçant l’histoire du dieu à travers les mythes qui lui sont propres et les pratiques rituelles qui lui étaient autrefois associées.



